Copy

1er septembre 2014

EDITO

Un numéro spécial sur le cannabis

Ce nouveau numéro  de notre newsletter est centré sur le cannabis. Logique, au vu de ce qui se joue en ce moment sur ce produit : son usage avait participé à installer la politique de « guerre à la drogue ». Il sera probablement la substance qui en marquera la fin, au vu des avancées actuelles : autorisations du cannabis thérapeutique, expérimentations de politiques de régulation, comme en Uruguay, aux USA et projets d’évolution comme chez nos voisins suisses.

Pour autant, anticiper l’avenir reste un exercice difficile, surtout quand une partie de cet avenir nécessitera des engagements politiques fermes et clairs, capables de répondre autant à l’échec aggravé de la prohibition et à ses effets secondaires qu’aux effets nocifs du cannabis, de mieux en mieux connus. D’où l’intérêt  de suivre les décisions et les données récentes, qui montrent :
- que mettre fin à la pénalisation massive des usagers dans un cadre régulé est possible ;  
- que des usages thérapeutiques peuvent être reconnus, et organisés, comme pour d’autres "stupéfiants" ;  
- qu’une série de savoir-faire très concrets sont nécessaires pour accompagner cette régulation ;
- que l’usage des cannabis comporte des risques qu’il faut continuer d’encadrer.

Alors qu’une délégation uruguayenne vient à Paris présenter le nouveau cadre de gestion du cannabis expérimenté, alors que les expériences américaines vont pour les plus anciennes fêter leur première année d’existence, cette veille bibliographique vient compléter les éléments du débat.

 

POLITIQUE DES DROGUES

Légalisation en cascade du cannabis thérapeutique aux Etats-Unis

La Caroline du Nord a approuvé le recours au cannabis médical comme adjuvant thérapeutique pour traiter les patients souffrant d’épilepsie, y compris les enfants. Cette décision consacrée par une loi entend également soutenir le développement de la recherche pour de nouveaux traitements de cette pathologie à partir du cannabidiol (CBD). La Caroline du Nord a été suivie par l’Etat de l’Illinois, le 20 juillet dernier, qui s’est engagé pour sa part dans l’élaboration d’un programme global de régulation des usages du cannabis à visée médicale dont les mesures devraient être rendues publiques début 2015. Enfin, le gouverneur de l’Etat de New York, qui vient à son tour de promulguer une loi de légalisation du cannabis à visée thérapeutique, s’est quant à lui félicité de ce texte de loi qu’il a qualifié comme étant le texte le plus « intelligent » en la matière qui ait été adopté jusqu’à présent. Une revue épidémiologique récente  (Anderson, Rees et Hansen) montre que l’hypothèse d’une augmentation de la consommation de cannabis par les jeunes à la suite de la légalisation de son usage médicalisé n’a pas été vérifiée.

Sources :
* Letitia Stein, "North Carolina joins states allowing limited medical marijuana", Reuters, 3 juillet 2014
* "Illinois legalizes medical marijuana for children with seizures", 20 juillet 2014
* Tg Branfalt jr., "New York governor signs medical marijuana bill into law", Reuters, 7 juillet 2014
* Moriah Costa, "Legalizing pot has not spurred use among U.S. teens: study", 29 juillet 2014


 

Ouverture du marché de la marijuana récréative dans l’Etat de Washington

La veille du 7 juillet dernier, 1er jour de vente légale du cannabis à des fins récréatives dans l’Etat de Washington, les propriétaires de points de vente de cannabis s’inquiétaient de voir leurs ressources s’épuiser quasi instantanément. En effet, seuls 20 espaces de vente devaient ouvrir la semaine du 7 au 14 juillet. On est encore loin des 334 points de distribution prévus par la loi.

Source : Eric M. Johnson, "Marijuana shortage seen ahead of Washington state retail pot rollout", 6 juillet 2014

 

Le New York Times appelle de ses vœux la dépénalisation du cannabis

Le Monde se fait l’écho d’un éditorial du New York Times publié le 26 juillet dernier appelant de ses vœux la légalisation du cannabis dans tous les états américains. Outre les coûts disproportionnés de la prohibition, la dépendance au cannabis constituerait un moindre mal au regard de l’alcool et du tabac. Par ailleurs, selon le quotidien américain citant les chiffres du FBI, les condamnations pour détention de cannabis engendreraient et accentueraient les discriminations racistes et l’injustice sociale.

Sources :
* "Le « New York Times » plaide pour une légalisation du cannabis dans tous les Etats-Unis", Le Monde, 27 juillet 2014
* Consulter l’article du New York Times : Editorial Board, "Repeal prohibition, again"



 

La Suisse en marche vers la légalisation du cannabis

La ville de Bienne est prête à s’engager aux côté de Berne, Genève et Zurich, dans une expérience pilote de légalisation du cannabis. Parmi les bénéfices attendus invoqués pour légitimer cette expérience : la décriminalisation de son usage récréatif, la séparation des marchés illégaux de « drogues dures » des « drogues douces » et le recul du marché des drogues illicites.

Source : Vincent Donzé, "Bienne tolère le cannabis", Le Matin, 18 août 2014

 

Allemagne : la justice au chevet des patients

L’Allemagne vient de se distinguer en Europe après la prise en compte par un tribunal de l’intérêt thérapeutique du cannabis pour les personnes souffrant de douleurs chroniques. Après un refus du Bundesinstitut für Arzneimittel und Medizinproducte (BfArM), suite à une demande d’autorisation de cultiver du cannabis à leur domicile pour un usage privé formulée par cinq patients, ces derniers ont porté cette décision au tribunal qui a donné raison à trois d’entre eux, estimant la balance bénéfices/ risques favorable.

Source : "German allows seriously ill patients to grow their own cannabis", Reuters, 22 juillet 2014

 

Dépénaliser le cannabis n’inciterait ni à la consommation ni au crime

La dépénalisation du cannabis n’entraînerait pas d’augmentation de la consommation de drogues, ni un surcroît de criminalité. C’est ce que soutient une étude menée en Grande-Bretagne, laquelle a assoupli en 2004 sa politique des drogues en rétrogradant le cannabis parmi les stupéfiants de catégorie C, catégorie des stéroïdes,  tranquillisants et  antibiotiques. Le système britannique regroupe en effet les drogues en trois classes, la catégorie A comprend les drogues à haut potentiel de dangerosité (cocaïne et héroïne notamment), la catégorie B inclut les amphétamines tandis que la catégorie C comprend notamment le cannabis depuis 2004. Les données recueillies entre 2003 et 2006 suggèrent en effet que ni la consommation de cannabis et d’autres drogues, ni les comportements à risque et la criminalité n’ont connu d’augmentation significative.

Source : N. BRAAKMANN ; S. JONES, "Cannabis depenalisation, drug consumption and crime - Evidence from the 2004 cannabis declassification in the UK", Social Science and Medicine, Vol.115 (August 2014)


 

Des adolescents non captifs

Selon les résultats d’une étude ayant analysé les tendances de consommation de cannabis dans les Etats où son usage thérapeutique est devenu légal, cette mesure législative serait sans lien avec une quelconque augmentation des consommations de cannabis chez les adolescents. Plus encore, les auteurs de l’étude ont observé avec intérêt que dans certaines régions représentées dans l’étude par des « paires d’Etats » (Utah-Nevada ou Montana-Idaho), l’Etat ayant légalisé l’usage médical du cannabis connaîtrait au contraire, au regard de son homologue, une diminution des consommations après l’introduction de la loi. D’après les auteurs, un phénomène de normalisation du cannabis comme traitement thérapeutique et son association avec les maladies chroniques voire la fin de vie pouvant être invoqué comme une explication à cette désaffection des jeunes populations pour le cannabis.

Source : Esther K. Choo, Madeline Benz, Nikolas Zaller, Otis Warren, Kristin L. Rising, K. John McConnell, "The impact of state medical marijuana legislation on adolescent marijuana use", Journal of adolescent health
 

France : un petit bâtonnet pour le repérage du cannabis au volant

Les forces de l’ordre seront bientôt pourvues d’un dispositif de repérage (et de pénalisation) des conduites à risques liées à l’usage de cannabis à partir de tests salivaires qui pourront être effectués inopinément sur le bord des routes. En termes de législation, un automobiliste présentant des traces de THC est passible de 4 500 euros d'amende, d'un retrait de six points de son permis et de deux ans d'emprisonnement.

Sources :
* "Un test salivaire pour détecter le cannabis", Sciences et avenir, 29 août 2014
* "Route : après l'alcool, voici le dépistage au cannabis", Le Point, 1er septembre 2014

 

EPIDEMIOLOGIE

Cannabis et cancer bronchique

Une revue de la littérature comprenant 54 études dont des recherches réalisées sur des cellules et des tissus chez l'animal et chez l'homme et des études épidémiologiques, met en évidence le cannabis comme facteur de risque de cancer bronchique. L'exposition à la fumée de marijuana multiplierait au moins d’un facteur deux le risque de développer ce type de cancer : la rétention des carcinogènes dans les voies aériennes étant plus importante pour la fumée de cannabis que pour celle du tabac. Ces données devraient encourager, selon les auteurs, un repérage précoce des consommations de cannabis et des prises en charge.

Source : M. Underner ; T. Urban ; J. Perriot ; I. De chazeron ; J. C. Meurice, "Cannabis smoking and lung cancer", Revue des Maladies Respiratoires, Vol.31, n°6 Juin 2014 488-498


 

Moindre mortalité par overdose d’opioïdes dans les Etats ayant légalisé le cannabis médical

La légalisation du cannabis à visée thérapeutique aux Etats-Unis a-t-elle un impact sur la mortalité attribuable aux intoxications par opioïdes ? C’est l’hypothèse mise à l’épreuve par une nouvelle étude parue dans JAMA internal medicine qui constate une mortalité sous opioïdes moindre estimée à 24,8 % (intervalle de confiance à 95% entre -37.5% et -9.5%; p = 0.003) inférieure à la mortalité observée dans les autres Etats américains, suggérant un effet salutaire de l’adoption d’une loi autorisant l'usage de cette substance psychoactive à des fins médicales dans certains contextes cliniques, le cannabis pouvant apparaître comme une alternative à la prescription d’opioïdes à des fins antalgiques.

Source : Bachhuber MA, Saloner B, Cunningham CO, Barry CL., "Medical Cannabis Laws and Opioid Analgesic Overdose Mortality in the United States, 1999-2010.", JAMA Internal medicine, 25 août 2014
doi: 10.1001/jamainternmed.2014.4005


 

Cannabinoïdes et pathologies neurologiques

Une lecture critique d’une revue systématique de la littérature quant aux effets thérapeutiques du cannabis sur certaines pathologies neurologiques reconnaît l’intérêt pharmacologique d’un traitement à base de capsule orale contenant de l’extrait de la plante entière type Cannador © sur la rigidité musculaire, les spasmes et la douleur associée à la sclérose en plaques. Les auteurs se montrent en revanche plus mesurés à propos du potentiel neuro-protecteur des cannabinoïdes, à défaut d’essais randomisés contrôlés, et concernant les effets thérapeutiques du cannabis dans le traitement de la maladie de Parkinson, l’épilepsie ou encore la maladie de Huntington (affection neurodégénérative héréditaire) les considèrent non démontrés pour l’instant.

Sources :
* Barbara S. Koppel, John C.M. Brust, Terry Fife, Jeff Bronstein, Sarah Youssof, Gary Gronseth, David Gloss, "Systematic review: Efficacy and safety of medical marijuana in selected neurologic disorders. Report of the Guideline Development Subcommittee of the American Academy of Neurology", Neurology, 29 avril 2014, 2014 vol. 82 n° 17 1556-1563
doi: 10.1212/WNL.0000000000000363
* R Hosking, J Zajicek, "Cannabis in neurology: a potted review", Nature reviews neurology, 10, 429-430, 8 juillet 2014


 

Usage régulier de cannabis et perte de substance grise

Une étude réalisée sur un échantillon de 22 fumeurs occasionnels de cannabis et 25 fumeurs réguliers fait état d’un déclin, chez les fumeurs réguliers, du volume de substance grise (SG) dans les régions riches en récepteurs cannabinoïdes CB1, régions du cerveau impliquées la prise de décision, dans ses composantes affectives et émotionnelles. Les auteurs ont par ailleurs constaté avec intérêt qu’une atrophie significative de SG peut être observée aussi bien dans un contexte de consommation importante sans lien avec l’âge d’initiation de la consommation que lors d’un usage récréatif mais ayant commencé à l’adolescence.

Source : Giovanni Battistella, Eleonora Fornari, Jean-Marie Annoni, Haithem Chtioui, Kim Dao, Marie Fabritius, Bernard Favrat, Jean-Frédéric Mall, Philippe Maeder, Christian Giroud, "Long-term effects of cannabis on brain Structure", Neuropsychopharmacology 2014 39: 2041-2048
advance online publication, March 17, 2014; 10.1038/npp.2014.67

 

PHARMACOLOGIE

Mécanismes moléculaires de l’effet anti-tumoral du THC

Une étude préliminaire met en évidence l’existence et les fonctions de deux hétéromères des récepteurs couples aux protéines CB2-GPR55 dans les cellules cancéreuses. Or puisque l’expression de ces récepteurs hétéromères a un impact majeur sur les voies de signalisation des cannabinoïdes dans ces cellules cancéreuses, ces données suggèrent en outre qu’un ciblage direct du couple CB2-GPR55 à partir de doses appropriées de THC pourrait freiner la progression tumorale.

Source : E. Moreno, C. Andradas, M. Medrano, M. M. Caffarel, E. Perez-Gomez, S. Blasco-Benito, M. Gomez-Canas, M. R. Pazos, A. J. Irving, C. Lluis, E. I. Canela, J. Fernandez-Ruiz, M. Guzman, P. J. McCormick, C. Sanchez., "Targeting CB2-GPR55 Receptor Heteromers Modulates Cancer Cell Signaling", Journal of Biological Chemistry, 2014
DOI: 10.1074/jbc.M114.561761

 

CANNABIS ET SOCIETE

La marijuana adoucit les mœurs

A rebours des données souvent inconsistantes tendant à corréler consommation de cannabis et violences, une nouvelle étude réalisée auprès de 634 couples suggère que la consommation de cannabis dans ces contextes, à raison de 2 à 3 fois par mois, est associée à des actes de violence conjugale moins fréquents de la part de l’époux, la consommation de cannabis par l’époux étant elle-même associée à des actes de violence moins fréquents de la part de l’épouse. De plus, les couples dont les deux partenaires consomment du cannabis seraient les moins exposés aux violences conjugales. Ces données viennent invalider, dans ces contextes, l’hypothèse selon laquelle le cannabis engendrerait la violence, celle-ci étant au contraire présentée ici comme le plus souvent inversement proportionnelle à la consommation de cannabis, à l’exception des situations de couple où l’épouse présente des antécédents de comportements antisociaux.

Source : Smith PH, Homish GG, Collins RL, Giovino GA, White HR, Leonard KE., "Couples' marijuana use is inversely related to their Intimate partner violence over the first 9 years of marriage.", Psychology of addictive behaviour, 18 août 2014

 

Marijuana express

Qu’il s’agisse de jeunes entrepreneurs chevronnés ou de petites entreprises familiales, la créativité ne manque pas autour de la légalisation du cannabis médical et récréatif tant les opportunités de ce marché sont devenues colossales. Son mode d’acheminement est en lui-même l’objet de convoitises…y compris des livreurs de pizzas.

Sources :
* "Why pot is the new pizza-Dope to your door", The Economist
* Julianne Pepitone, "Want pot delivered to your door? Just press this button", NBC News, 20 août 2014



 

Un e-joint sans THC aux Pays-Bas

Le Nouvel Observateur se fait l’écho d’un nouveau produit lancé par la société E-Njoint aux Pays-Bas : une cigarette électronique au cannabis mais sans THC, qui mime dans sa forme l’aspect du joint de cannabis.

Source : "Après la cigarette électronique, le e-joint au cannabis", Le Nouvel observateur, 24 juin 2014
 

INSOLITE

Une nouvelle ère pour le trafic de stupéfiants en prison

Surveiller l’état des infrastructures, tourner des reportages, effectuer des livraisons : les usages civils des drones se multiplient et ne manquent pas parfois d’inventivité. Au Canada, des drones auraient été aperçus au-dessus de plusieurs centres de détention. Devenant progressivement les nouveaux passeurs de stupéfiants, ils se substituent ainsi aux traditionnelles flèches ou balles de tennis. Devant l’ampleur croissante du phénomène, les autorités canadiennes auraient avancé, sans grande conviction cependant, quelques directives pour le personnel, comme la pause de filets de sécurité.

Source : Marie-Michèle Sioui, "Des stupéfiants livrés par des drones", 24 juillet 2014


Email Marketing Powered by Mailchimp