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Artisans de la Transition

Lettre d'information 1

Vous lisez la première lettre d’information des Artisans de la transition et nous en sommes très heureux. Cette association a vocation à créer des lieux où tout le monde peut devenir acteur de la transition. 

Le dernier numéro de LaRevueDurable explique les raisons et les motivations qui nous ont conduits à négocier ce virage vers un statut associatif. Si vous avez raté cette étape, vous pouvez vous rattraper ici. Nous vous invitons aussi à aller sur le site flambant neuf des Artisans voir comment nous comptons nous y prendre. Le meilleur moyen de soutenir cette association est d’en devenir membre. Nous remercions d'ailleurs très vivement les 135 personnes qui nous ont d'ores et déjà rejoints. C’est un très bon début.
 
On ne le sait que trop : les sociétés industrielles ne sont pas à la hauteur de ce qu’il faut entreprendre pour sortir assez vite des énergies fossiles pour respecter l’accord de Paris. Cependant, il est aussi indéniable que des événements vont dans le bon sens. La preuve dans ces nouvelles de la transition1.
 
1) N’hésitez pas à nous dire en quoi cette lettre d’information vous plaît ou vous déplaît, ce que vous souhaitez y trouver en plus et en mieux, ce que vous souhaitez ne plus y trouver – tout en sachant, bien sûr, qu’il est impossible de satisfaire tout le monde.
Des nouvelles du climat
L’étau se resserre. Malgré les efforts de la direction d’ExxonMobil pour étouffer la contestation, 38 % de ses actionnaires ont voté, lors de l’Assemblée annuelle des actionnaires, en mai, une résolution pour que l’entreprise évalue l’impact de l’application de l’accord de Paris sur ses profits. Une résolution similaire n’avait recueilli que 20 % des voix en 2015. Mis sur le gril par la montée en force de cette exigence, Rex Tillerson, PDG d’ExxonMobil, a affirmé : « Mettre un terme à la production de pétrole n’est pas acceptable pour l’humanité. » Ah non ? Vraiment ?

Du 28 mai au 2 juin, il est tombé entre 130 et 179 mm de pluie sur le nord-est du Centre-Val de Loire et le sud-est de l’Ile-de-France, soit deux à trois fois ce qui tombe du ciel en moyenne au mois de mai dans cette région. Bilan : une dizaine de villes inondées, des milliers de personnes déplacées, des millions de pertes, des tonnes de biens et de marchandises détruites, des traînées de pollution et d’ordures. L’Allemagne, l’Italie et la Suisse ont aussi, dans une moindre mesure, été touchées par des pluies abondantes.
 
Comme il est rituel dans ces cas, les climatologues expliquent ne pas pouvoir établir un lien direct entre ces événements météorologiques et le changement climatique… tout en soulignant que le changement climatique accroît la fréquence de ces événements. Le tout nouveau groupe de chercheurs du World Weather Attribution, lui, met bel et bien en évidence la responsabilité du changement climatique dans le déluge qui s’est abattu sur une partie de la France. https://wwa.climatecentral.org

Une autre étude montre que les feux de forêt au Canada s’intensifient. Les conditions de sécheresse et de températures douces pour la saison qui ont favorisé le départ des incendies à Fort McMurray ne sont pas l’exception. Elles relèvent d’une tendance lourde depuis les années 1980. www.nationalobserver.com

En Inde, pour la deuxième année consécutive, le pays a enduré des températures record. Plus de 2200 personnes sont décédées des suites de la canicule qui s’est abattue sur le pays d’avril à juin, avec des pics de température à 48°C. Dans un tout autre décor, en Alaska, un chasseur a tué un grizzly « polaire ». Il l’aurait confondu avec un renard. A cause du réchauffement, les grizzlys s’aventurent toujours plus au nord en quête de froid. Là, ils se croisent avec des ours polaires et donnent naissance à des hybrides.
Pluie de records
Heureusement, les records de températures ne sont pas les seuls à tomber. Ceux de la production d’énergies renouvelables aussi.Du 7 au 11 mai 2016, le Portugal a alimenté son réseau électrique uniquement grâce au vent, au soleil et à l’eau de ses barrages. Une première européenne. Au Royaume-Uni, sur l’ensemble du mois de mai, le soleil a fourni, pour la première fois dans ce pays, plus d’électricité que le charbon. Deux fois plus.
 
Les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie renouvelable (Irena) sur l’emploi attestent le caractère structurel de ces records. En 2015, les nouvelles énergies renouvelables – issues du soleil et du vent – fournissaient 8,1 millions d’emplois, l’hydraulique 1,3 million. Sur l’année, les nouvelles énergies renouvelables ont créé 5 % d’emplois en plus alors que les énergies fossiles en perdaient des milliers.
 
Aux Etats-Unis, le contraste est saisissant. Les énergies renouvelables ont généré au moins 769 000 emplois en 2015, le pétrole ou le gaz 187 000, l’extraction de charbon 68 000. Et l’écart se creuse à vitesse grand V : les emplois dans le solaire et le vent ont crû de plus de 20 % en 2015, ceux dans le pétrole et le gaz ont chuté de 18 %.
 
Autre contraste : la proportion de femmes qui travaillent dans les énergies renouvelables au sein du secteur de l’énergie : elles occupent 35 % des emplois dans les énergies renouvelables, contre 20-25 % dans le secteur plus large de l’énergie.
https://irenanewsroom.org
 
Le passage des énergies fossiles aux énergies renouvelables se manifeste partout. Au Chili, le métro de la capitale, Santiago, sera le premier au monde à tirer la majorité de son courant du soleil et du vent. Fin mai, Michelle Bachelet, présidente du pays, a annoncé qu’en 2018, une centrale solaire et éolienne en construction dans le désert de l’Atacama fournira 60 % de l’énergie nécessaire au déplacement de 2,5 millions de passagers sur 103 kilomètres de lignes.
 
Et alors que les prospecteurs coupent des milliards de dollars de dépenses pour surmonter le plus grand effondrement du marché depuis une génération, les découvertes de nouveaux gisements d’énergies fossiles sont logiquement tombées à leur plus bas niveau depuis soixante ans. Les dépenses en exploration en 2015 ont chuté de 45 % par rapport à 2013. Environ 12,1 milliards de barils de pétrole de réserves ont été trouvées en 2015, soit la cinquième année consécutive de déclin et le plus petit volume depuis 1952, selon le consultant basé à Oslo Rystad Energy.
 
Cela reste encore évidemment trop puisque 50 % des réserves de pétrole identifiées avant 2015 doivent rester sous terre pour respecter le seuil – déjà très élevé – de 2°C de hausse de la température à ne pas dépasser.
 
Peabody, plus grande entreprise charbonnière cotée en Bourse, s’est placée en faillite en avril 2016. Avec elle, c’est tout un système majeur de financement du climato-scepticisme et de blocage de la législation climatique aux Etats-Unis qui chavire. Ce naufrage est une nouvelle exécrable pour les ouvriers salariés de cette entreprise, mais c’en est une excellente pour le reste de l’humanité, car elle devrait l’aider à sortir du déni et à affronter cet objectif vital : laisser sous terre 80 % du charbon pour rester sous la barre  des +2°C.
 
Pour laisser le pétrole et le charbon sous terre – 66 % du gaz doivent également rester là où ils sont –, le levier du désinvestissement est un excellent moyen d’agir.
Désinvestir de l'Arctique
Mercredi 8 juin, Royal Dutch Shell a annoncé avoir cédé ses droits sur ses permis de prospection pétroliers dans l’Arctique canadien à l’organisation Conservation de la nature Canada, qui les a immédiatement transmis au Gouvernement du pays. L’objectif des autorités nationales est de créer un parc naturel marin de 44 500 km2 à l’entrée orientale du passage du Nord-Ouest.

Le groupe pétrolier anglo-néerlandais s’était déjà retiré de l’Alaska et de la Norvège. La zone canadienne dont il se retire maintenant couvre 8625 km2 au nord de l’île de Baffin, lieu de prédilection de nombreux mammifères marins – phoque, narval, béluga, baleine boréale, morse – et d’importantes colonies d’oiseaux.
Fin de route pour le charbon allemand (Ende Gelände)
En bus, à vélo et à pied, plus de 4000 personnes ont bloqué la mine de Welzow Süd et arrêté la centrale à charbon de Schwarze Pumpe, en Lusace, à l’est du pays, pendant le week-end de la Pentecôte. L’occupation de la mine a duré deux jours, celle de la centrale un jour. Ces manifestants, dont la moitié était des Européens non allemands, ont ainsi participé à la plus grande action contre l’énergie fossile jamais organisée en Allemagne. Celle d’août 2015, dans la mine de Garzweiler, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, avait attiré 1500 militants. www.ende-gelaende.org/fr
Stockholm et Berlin désinvestissent
Après un an et demi de campagne, les militants de Fossil Free Stockholm ont de quoi se réjouir. Le 15 juin, les autorités de la capitale de la Suède ont décidé de se défaire de tous leurs placements dans les énergies fossiles.  Au total, 3,2 millions d’euros de titres ont été vendus. Après Oslo et Copenhague, c’est la troisième capitale européenne – toutes scandinaves ! – qui se libère des énergies fossiles.

Une semaine après, le 23 juin, la Ville de Berlin s’est à son tour engagée à désinvestir de l’industrie fossile le fonds de pension de 750 millions d’euros des employés de la ville, qui comprend des actions notamment dans RWE, E.ON et Total.
Masterplan climat Suisse
Pour respecter l’accord de Paris et contenir le réchauffement si possible à 1,5°C, les émissions de CO2 de la Suisse doivent baisser de 4 % par an jusqu’en 2050. L’Alliance climat, coalition de 66 ONG, présentait le 2 juin un plan pour y parvenir. La colonne vertébrale de ce plan est l’introduction d’une taxation du carbone qui intègre les coûts liés au dérèglement du climat. Le document fait aussi une large part à la transformation du système financier helvétique. Cet exercice dessine en quelques pages très claires une feuille de route à la hauteur du défi. www.klima-allianz.ch/fr/masterplan-climat
Les fonds de pension suisses ignorent le changement climatique
L’organisation britannique ShareAction a analysé pour le WWF Suisse les politiques d’investissement des vingt plus grandes caisses de pension suisses. Elles représentent plus de 281 milliards de francs, soit 36 % de l’ensemble de la prévoyance professionnelle du pays. Constat sans surprise : ces organismes occultent largement leur contribution au changement climatique. Aucune n’a de véritable stratégie pour diminuer les risques financiers liés au respect de l’accord de Paris. Et aucune ne publie ses choix de placement pour que leurs assurés sachent comment leurs fonds sont investis et puissent intervenir s’ils contestent leurs décisions d’investissement. www.wff.ch
Pétrole arctique français
Lors de son assemblée générale annuelle, le 24 mai 2016, le géant de l’énergie Total a promis de ne pas forer dans l’Arctique, arguant que « le scénario à 2°C souligne qu’une partie des ressources fossiles du monde ne peut pas être exploitée ». L’entreprise achète pourtant du pétrole issu de cette région. Elle a contracté un accord à long terme avec Gazprom neft, filiale de Gazprom, propriété de la Russie. Selon une dépêche d’Argus, elle recevra jusqu’à douze grands cargos de pétrole arctique russe en 2016. Dans une déclaration au site Energydesk, Total a confirmé que Gazprom neft est l’un de ses fournisseurs et que « certaines livraisons peuvent venir du champ de Prirazlomnoye ».
http://energydesk.greenpeace.org
Isabelle Kocher, nouvelle directrice d’Engie
Dans un entretien au quotidien Le Monde du 4 mai, Isabelle Kocher, nommée directrice générale d’Engie (ex GDF-Suez) la veille, déclarait : « Le changement climatique transforme tout. Il nous entraîne dans un monde différent de celui que nous connaissons, où, cette fois, personne ne peut dire : « Ce n’est pas mon problème ». « Le XXIe siècle signera la fin du cycle des énergies fossiles », a aussi affirmé cette femme qui a refusé, il y a deux ans, la direction générale d’Areva, estimant que « guider un groupe comme Engie vers la transition énergétique fait bien plus sens que piloter une entreprise nucléaire » (Libération du 6 janvier 2016). Isabelle Kocher a annoncé 15 milliards d’euros de désinvestissement, essentiellement dans le pétrole et le charbon durant les trois prochaines années.
 
On verra si cette mère de cinq enfants y parvient. Fin mai, l’émission Cash investigation, sur France 2, pointait du doigt deux propriétés d’Engie, la centrale électrique de Hazelwood et sa mine à charbon attenante qui empoisonne l’air des habitants de la vallée de Latrobe, dans l’Etat de Victoria, en Austalie, et relâche 3 % des émissions de CO2 du pays. Au total, le groupe possède trente centrales à charbon dans le monde, dont certaines parmi les plus polluantes. Début juin, le groupe a signé l’arrêt définitif de la centrale à charbon de Vado Ligure, en Ligurie, en Italie, fermée depuis 2014 sur décision du juge pour pollution massive de l’air.
Brexit et climato-scepticisme
Le 23 juin, le climato-scepticisme a gagné des points au Royaume-Uni, où des liens très forts se sont noués entre les organisations qui militaient pour la sortie de l’Union européenne et celles qui contestent que le changement climatique est un phénomène anthropique. Nombre d’entre elles – la Global Warming Policy Foundation, la European Foundation, etc. – se sont réunis dans un même bâtiment non loin du Palais de Westminster, à Londres, où siège le Parlement britannique. Ecouter la chronique de Jacques Mirenowicz sur ce sujet : www.rts.ch
Des nouvelles des Artisans de la transition 

Optima Solar Fribourg-Freiburg


La souscription pour la première centrale de la jeune coopérative Optima Solar Fribourg-Freiburg touche au but : 211 000 francs de capital ont été réunis en moins de deux mois pour financer l’installation de 1000 m2 de panneaux photovoltaïques sur le toit de la société Sinef SA, ex-Services industriels de la Ville de Fribourg, à Givisiez. Ne manquent plus que 19 000 francs pour aller de l’avant avec la construction de cette installation. www.optimasolar-fr.ch


Energie citoyenne à Renens
 

Directement inspiré par le travail de LaRevueDurable sur l’énergie citoyenne, la commune de Renens souhaite associer ses habitants à l’exploitation de son potentiel solaire. Elle a identifié 4700 m2 de surfaces de toits qui se prêtent à l’autoconsommation du courant. Un premier toit, du Centre technique communal, sera financé en faisant appel à un emprunt public dans la seconde moitié de 2016. L’objectif est de rôder la procédure avant de laisser la place à une coopérative à créer. Pour toute question : Caroline.Tacchini@renens.ch


Le désinvestissement en Suisse romande s’étend outre-Sarine

 
Le 8 juin 2016, s’appuyant sur le n°55 de LaRevueDurable, Pierre Amstutz, député Vert au Grand Conseil bernois, a déposé une motion qui demande à l’exécutif du canton de modifier ses bases légales afin que les institutions de droit public telles que la Banque cantonale, la Caisse de pension du personnel de l’Etat et l’entreprise d’électricité BKW ne puissent plus investir dans l’extraction d’énergies fossiles et désinvestissent d’ici cinq ans. Rien de moins ! Cette initiative est la cinquième en date dans un canton suisse.

En décembre 2015, des députés avaient déposé des textes similaires – quoique limités aux caisses de pension – dans les cantons de Genève, Vaud et Fribourg. En mai, le député Vert Hanno Schmid faisait de même dans le canton du Jura. En mars, le Vert Joris Vaucher, membre du Conseil communal de la Ville de Genève, et le Vert Philippe Calame, membre du Conseil municipal de la commune de Carouge, déposaient chacun une motion similaire. Ce qui porte à sept les demandes de désinvestissement dans les cantons et communes de Suisse.
 
Dimanche 12 juin, Stefan Beiner, responsable des placements chez Publica, caisse de pension des employés de la Confédération, annonçait avoir vendu 10 millions de francs de titres dans des industries de la filière du charbon. C’est la première démarche de désinvestissement d’une caisse de pension en Suisse, en l’occurrence il s’agit de la plus grande de toutes.


Conversations carbone dans la Drôme

 
Lundi 27 juin eurent lieu les sixièmes et dernières séances de deux groupes de Conversations carbone démarrés, dans la Drôme, en avril. Pendant six ateliers, quatorze participants divisés en deux groupes se sont réunis, l’une à midi à Crest, l’autre le soir à Chabrillan, pour explorer leurs convictions et valeurs les plus profondes sur le changement climatique. Au bout de cette démarche, tous ont dû dresser leur propre plan pour diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre. Six des huit facilitateurs formés en octobre 2015 ont facilité ces groupes. Déjà douze nouvelles personnes se sont inscrites pour participer à de nouveaux groupes de Conversations carbone. Bravo à Magali, Laure, Jennie, Jean-Pierre, Cécile et Anaïs et aux quatorze participants !
http://conversations-carbone.fr
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