Copy
Bonjour,
 

« La joie est dans tout ; il s’agit de savoir l’extraire ».

Je vous souhaite de savoir le faire en toutes circonstances en 2016.
 
Mes vœux pourraient s’arrêter ici avec cette citation de Confucius : ils auraient le mérite d’être brefs. 
 
Mais, comme l’année passée, je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous quelques leçons de vie plus personnelles, apprises cette année au travers d’épreuves dont certaines eurent des échos publics (vous avez d’ailleurs été nombreux à me témoigner votre soutien et votre confiance à l’occasion de celles-ci – merci encore).
 
Soyons de bons comptes : ce n’est pas seulement le plaisir de partager ces leçons et l’espoir qu’elles vous soient utiles qui ont inspiré les lignes qui suivent.

Elles ne sont pas pour autant dictées par une volonté de revenir sur les faits, sur ce qui m’est arrivé cette année – ce que la plupart d’entre vous ignore heureusement d’ailleurs – pour justifier mes actions ou faire le procès de quiconque.

Les faits importent d’ailleurs peu à ce stade : déjà ils sont effacés par le temps ou par d’autres événements.

Ce qui compte vraiment n’est pas ce qui nous arrive mais ce que nous en faisons.

Or, pour cela, il s’agit de penser ce qui nous arrive.

Et, pour ma part, paresseux à mes heures, je sais d’expérience que je pense plus et mieux lorsque j’ai la perspective de partager les fruits de ma réflexion, en l’occurrence ces leçons, comme je le fais maintenant.   
 

Ainsi, les leçons que je tirais de mes expériences en 2014 et que je partageais dans mes vœux pour 2015 évoquaient des joies durables qui traversent et se nourrissent des épreuves.

Au terme de 2015, constatons d’emblée que ces joies restent et se sont même approfondies :
  • le SPF Mobilité continue sa transformation (le film «Le Bonheur au travail»  en témoigne ainsi que la victoire du SPF au Facility Management Awards de 2015 de cette année et l’auto-évaluation de la réalisation du plan de management du SPF) ;
  • le cycle 2015-2016 de séminaires de PhiloMa sur «l’agir commun» est source de réflexions stimulantes et rafraichissantes qui me soutiennent au quotidien et me transforment ;
  • les épreuves à surmonter n’ont pas manqué : les débats publics auxquels j’ai été associé malgré moi ont été encore plus hauts en couleurs que ceux de 2014. Espérons quand même que 2016 soit un peu plus calme. Il faudra pour cela que tous s’engagent à plus de transparence dans les décisions, à un véritable débat démocratique porté par la défense de l’intérêt général et à l’abandon de pratiques visant à discréditer et écarter ceux qui gênent.
Cette année, un enseignement en particulier, reçu d’un maître que j’aime beaucoup, m’a aidé à maintenir le cap dans la tourmente et à traverser sereinement les épreuves.

Cet enseignement se résume à quelques mots simples en apparence : « Fais ce que la situation requiert ».
 


Fais ce que la situation requiert – Que m’ont appris ces mots ?
 
D’une part, ils m’ont fait prendre conscience à quel point ma vie est fortement déterminée par des circonstances externes à moi et qu’il est bon qu’il en soit ainsi : il ne s’agit pas de faire avant tout ce que j’aime ou désire ; il s’agit de faire ce que la situation, les circonstances externes, soufflent à ma conscience.
 
D’autre part, ce déterminisme n’est jamais total. Si c’était le cas, il ne serait d’ailleurs pas nécessaire d’être invité à agir de la sorte.

Ainsi, au-delà de l’apparent déterminisme qu’ils évoquent, ces mots peuvent aussi être entendus comme une « invitation du réel » à agir d’une certaine façon : un appel à me conformer, librement, à ce qui survient, à la réalité.
 

Ces mots m’évoquent à la fois le déterminisme et la liberté de notre condition humaine.
 
Or, cette liberté n’est jamais donnée en héritage. Elle s’apprend et se gagne au prix d’efforts et de travail sur soi.

En effet, pour faire effectivement « ce que la situation requiert », il s’agit d’être capable de « voir » la réalité telle qu’elle est. Et pour la voir ainsi, il convient de se libérer de certains « besoins », souvent illusoires, le plus souvent induits par des peurs.
 
Permettez-moi donc d’évoquer ci-dessous trois besoins sur lesquels j’ai particulièrement travaillé cette année.

Trois besoins dont chaque personne, qu’elle dirige une équipe ou pas, peut utilement se libérer.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les trois libérations évoquées ci-dessous font écho aux «trois niveaux de conscience des entreprises responsables» que j’ai développés cette année avec l’équipe « Leadership in the New Economy » de l’association sans but lucratif, Lead-In.   
 


1.Se libérer du besoin de plaire 
(Human Dynamics Consciousness)
 
Il n’est pas trop difficile, avec l’âge, d’accepter qu’on ne puisse pas plaire à tout le monde.

Plus difficile cependant est d’accepter de ne pas être apprécié, respecté ou reconnu par ceux-là même au service desquels on travaille au quotidien.
 
Or, c’est un fait historique qui se vérifie dans toutes les cultures : ceux qui tentent de transformer la dynamique d’un groupe sont souvent trahis, chassés, voire assassinés, au propre ou au figuré, par les membres du groupe, même si la transformation est finalement réalisée et bonne pour le groupe.

« La lumière ne se fait que sur les tombes » chantait Ferré.

L’œuvre fondamentale et encore trop peu connue de René Girard – qui nous a quitté cette année – sur le désir mimétique m’a mieux aidé à comprendre pourquoi.

De même que l’œuvre de Machiavel, célèbre mais souvent très mal comprise.

Girard m’a éclairé également quant aux liens qui ont existé de tous temps entre la violence et le sacré.

Il m’a aidé à comprendre un peu mieux certaines des sources de l’intégrisme et du Djihadisme qui sévissent actuellement, et des pistes possibles pour les dépasser.

Ces lectures et les expériences de cette année m’ont surtout appris à me libérer un peu plus de ce besoin de plaire et à continuer, à mon niveau, à œuvrer pour chaque collègue.

Y compris pour ceux qui, par crainte ou espoir d’obtenir des faveurs futures, agissent parfois inconsciemment contre les intérêts mêmes de notre organisation.
 
Cette recherche, jamais définitivement acquise, de lucidité bienveillante n’est pas seulement« éthique ».

Elle donne également énergie et paix intérieure.

Elle aide à rester déterminé, à voir et à faire ce que la situation requiert, tout simplement.
 
 

2. Se libérer du besoin de contrôler la situation 
(Eco-systemic Consciousness)
 
Nous sommes programmés pour vouloir contrôler nos vies et, dans une certaine mesure, celles des autres.

En tant que managers, nous pensons être experts en contrôle.

Alors que, fondamentalement, nous ne contrôlons rien : à tout moment, une catastrophe peut balayer ce que nous avons construit pendant des années, sur le plan personnel comme professionnel, emporter nos vies ou celles de ceux qui nous sont chers.

En être conscient ne conduit pas au défaitisme ou à l’apathie : cela conduit simplement à adopter une attitude moins violente face au réel, face aux autres et face à nous-mêmes.
 
A cet égard, François Jullien a magnifiquement illustré dans le «Traité de l’efficacité» deux conceptions fort différentes de l’efficacité :
  • la conception héritée de la philosophie grecque, « téléologique », qui nous pousse à écarter, souvent de façon violente pour notre environnement, tous les obstacles entre nous et le but que nous nous sommes fixés ;
  • la conception héritée de la philosophie chinoise (et indienne), « adaptative », qui nous invite à observer d’abord l’environnement, à concevoir de façon lucide les situations auxquelles il peut naturellement mener et à épouser le chemin qui conduira avec le moins d’efforts possibles à une situation satisfaisante pour nous ou notre groupe.
L’approche chinoise de l’efficacité n’est pas seulement plus respectueuse de notre environnement et de nous-mêmes.

Elle permet aussi de mieux saisir les opportunités inattendues et de plus en plus fréquentes dans la « société fluide » chère à Joël de Rosnay : elle nous invite à «surfer la vie».
 
Cette dernière année, j’ai pu apprécier tout particulièrement les bienfaits d’une telle approche.

Elle m’a permis, à plusieurs occasions, de saisir des opportunités sans lesquelles j’aurais pu être malmené, sans lesquelles j’aurais pu m’égarer.

Elle m’a permis de mieux appliquer les préceptes de l’adaptive leadership (« give the work back to the people », « get on the balcony », « orchestrate the conflict », « modulate the stress », « protect the voices without authority »,…) chers à Ronald Heifetz, dont je rumine l’oeuvre depuis plus de 10 ans.
 
Plus important encore, cet abandon du besoin compulsif de contrôle m’a donné régulièrement la sensation d’être en phase avec un «flow», un flux de vie qui me traverse et me dépasse, comme il traverse tout être et toute chose.

Ainsi, en plongeant sans peur dans le torrent de la vie, dans le «cosmos torrentiel» cher à Whitehead – découvert cette année via PhiloMa –, et en me laissant emporter par lui, je me sens parfois porté par cette énergie infinie, inépuisable qui traverse et unit tout, ou plutôt, qui est tout.    
 


3.Se libérer du besoin de croire en la puissance de ma volonté
(Purpose Consciousness)
 
Notre volonté de puissance nous porte facilement à croire en la puissance de notre volonté.

Des courants de pensée à la mode aujourd’hui pourraient laisser penser qu’il suffit de croire « de toute son âme » qu’une chose arrive pour qu’elle arrive réellement.

Tout en étant toujours plus convaincu que les pensées et l’énergie que chacun de nous dégage influencent le monde, il me semble potentiellement dangereux de poursuivre avec une volonté trop intense les buts que je me donne.
 
Pourquoi ? Parce que ces buts sont le plus souvent temporaires, contingents, et voués, comme tout le reste, au néant.

Les grands spirituels invitent au contraire à « accueillir avec joie ce qui est ».

Ce qui ne veut pas dire que je peux m’asseoir et attendre que cela se passe : il s’agit plutôt d’agir, et de faire de mon mieux, en fonction de ce que la situation requiert, tout en acceptant avec joie ce qui advient.
 
Agir de la sorte implique une forme de détachement, même dans l’engagement.

C’est ce qui m’attire particulièrement dans le Bouddhisme Zen, tels qu’en parlent des maîtres tel Eric Rommeluère, que j’ai découvert cette année.

Et cela m’a aidé également ces derniers mois à m’engager avec sérénité dans la défense publique de notre SPF.

Sans prétendre pour autant être libre de toute peur, je ressens une liberté croissante à subordonner ma volonté et les objectifs que je poursuis, pour les autres et pour moi-même, à une énergie qui me dépasse.

A poursuivre, avec engagement et détachement à la fois, le simple objectif d’être autant que possible en harmonie avec la vie, avec ce qui est.
 
Cette attitude, cette liberté, est nourrie par une conscience croissante que chacun de nous, chaque être, et même chaque chose, est à la fois « rien » et « tout » dans l’unité indivisible du tout.
 
Cette conscience, qui me semble traverser tous les mouvements mystiques et spirituels, constitue peut-être l’une des clés les plus belles et les plus simples d’un bonheur durable.

Elle est magnifiquement résumée dans un « haïku » de Sri Nisargadatta Maharaj, que m’a partagé un ami cette année :
 

"Quand je vois que je ne suis rien, c'est la sagesse.
Quand je vois que je suis tout, c'est l'amour.
Entre les deux ma vie s'écoule."

 
Ces quelques mots résument l’état que je vous souhaite de vivre régulièrement en 2016, en faisant autant que possible « ce que la situation requiert », ce qui aide beaucoup, je crois, à « extraire la joie de tout », comme nous y invitait déjà Confucius, il y a déjà près de 2.500 ans.  
 

Laurent
+324786214 20

ledoux.laurent@gmail.com
 
 
 
Quelques liens pour aller plus loin :  
 








 


 
Email Marketing Powered by Mailchimp