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Bonjour à tous,
 
Dans un très beau récent podcast de France Culture, le philosophe Marc Ballanfat nous invite à nous poser aujourd’hui cette question qui est au cœur de la Bhagavadgītā (Chant du Bienheureux), un poème mystique et philosophique rédigé en sanscrit aux alentours du IIIe siècle avant J.-C et l’un des plus grands textes spirituels que l’humanité ait produit à ce jour : « A quoi sommes-nous prêts à renoncer pour sortir de cette guerre ? »
Krishna et Arjuna sur le champs de bataille de Kurukshetra
Pour répondre à cette question adéquatement encore faut-il savoir de quelle guerre exactement il nous faudrait sortir en priorité aujourd’hui.
 
De la guerre déclarée par certains chefs d’Etat au virus du Covid ?
 
De la guerre identitaire qui opposent toujours plus des communautés de victimes à leurs oppresseurs ?
 
De notre guerre économique séculaire contre la terre ?
 
De la guerre que les transhumanistes ont déclaré à la mort, et dès lors à la vie elle-même ?
 
D’une autre guerre encore ?
 
A chacune et chacun bien sûr de définir quelle est la guerre de laquelle il nous faudrait sortir en priorité.
 
Je me demande pour ma part s’il n’y a pas une guerre sous-jacente à toutes ces guerres : la guerre permanente que nous menons tous, individuellement et collectivement, contre la réalité et dont l’enjeu est de la contrôler, parce que nous percevons cette réalité comme séparée de nous ? En d’autres termes, la mère de toutes les guerres n’est-elle pas notre vision duale du monde, de la réalité ?
 
C’est du moins ce que nous invite à penser, je crois, la Bhagavadgītā. A l’instar des grandes traditions spirituelles, elle nous enjoint d’apprendre à voir l’unité du réel et, en conséquence, à renoncer à cette volonté de contrôle que dicte notre mental, notre ego. Dans la Bhagavadgītā, Krishna enseigne ainsi au guerrier Arjuna à agir en se détachant des fruits de son action, à faire ce que la situation requiert, sans investir de désirs personnels dans ses actes.
 
Comme le précise Ballanfat, il faut entendre ici le sens du mot « renoncer » dans ses deux acceptations : non seulement celle actuelle qui évoque le sacrifice, l’abandon, ou plus justement le détachement de notre ego, de notre volonté de contrôle, mais également celle qui prévalait jusqu’au XIIe siècle et qui signifie « annoncer en retour » (du latin re-nuntiare). Renoncer, se détacher, oui, tout en annonçant quelque chose en retour. Sinon le renoncement risquerait d’être négatif et inutile. Annoncer quoi ? La libération. La libération de notre être intérieur, de notre âme ou de notre esprit – peu importe le nom qu’on lui donne. Libérée de quoi ? De notre mental, de notre ego qui, pour nous protéger, nous sépare du reste du monde et cherche, de façon agressive ou subtile, à le contrôler.
                
Je suis conscient que, face aux guerres sociales, économiques, écologiques ou sanitaires qui secouent actuellement le monde, la proposition de travailler sur notre ego – non pas pour le nier ou le combattre, mais pour nous en détacher – puisse paraitre bien dérisoire. 
 
J’ai pourtant l’intime conviction que ce soit par là qu’il nous faille commencer, individuellement et collectivement, et ce sans attendre. Je crois en effet, pour paraphraser des penseurs illustres, que notre avenir sera spirituel ou ne sera pas. En prenant soin de distinguer spirituel et religieux : je définis ici une religion comme un ensemble de rituels, de dogmes ou de croyances inspirées de l’expérience d’unité qu’aurait vécue une personne, telle que rapportée par celle-ci ou par ses disciples ; une spiritualité est au contraire une voie qui nous invite au contraire à vivre directement, par nous-même, cette expérience d’unité. En ce sens, le spirituel ne peut advenir que s’il se libère des dogmatismes, que ceux-ci soient religieux ou athées.
 
Mais, me direz-vous, qu’ont à voir ces considérations sur la guerre, l’ego, le renoncement et la spiritualité avec la philosophie et le management ? Beaucoup, selon moi.
 
En effet, la philosophie, dans la mesure où celle-ci demeure fidèle à elle-même, n’est-elle pas une invitation à la sagesse, à la connaissance de soi, à une connaissance intérieure du monde à travers l’être humain ? En ce sens, n’est-elle pas un point d’appui possible pour ceux qui s’engagent dans un cheminement spirituel ? Depuis l’antiquité, les philosophes n'ont-ils pas cherché à saisir l’énigme de l’être humain ? Socrate, Platon ou Plotin n’offrent-ils pas un enseignement qui vaille pour tous les siècles ? Je peux au minimum témoigner que la réflexion philosophique que je mène depuis 20 ans au travers de PhiloMa m’a ouvert au spirituel. L’appel de l’expérience de l’unité, qui passe par l’abandon, le renoncement et le silence intérieur, induit à dépasser les arguments rationnels et les spéculations philosophiques, sans pour autant les renier ou les contredire.  
 
Quant au management, ne doit-il pas être repensé radicalement pour devenir un outil au service des êtres humains et du tout de la réalité (des plantes, des animaux, de tout ce qui passe) comme constituants une unité indissociable ? Ainsi, les formes de management ou de gouvernance collaborative (qu’on les appelle « opales », « libérées », « sociocratiques » ou « holacratiques »), telles que nous les mettons en œuvre, mes collègues et moi, au travers de Phusis, sont parfaitement compatibles avec une vision unitaire, non-duale, de la réalité (sans pour autant bien sûr requérir que les membres d’organisations qui adoptent une telle gouvernance s’engagent dans un cheminement spirituel). A titre d’exemple, la philosophie managériale des organisations opales, telle que développée par Frédéric Laloux dans « Reinventing organisations », considère les organisations comme des organismes vivants dont le niveau de maturité, en termes de conscience collective, peut s’élever (selon la théorie de la spirale dynamique chère à Clare Graves ou Ken Wilber).
 
Pour celles et ceux que ces quelques considérations inspirées de la Bhagavadgītā intéressent, reste donc la question de savoir par où concrètement commencer pour répondre à la question posée Marc Ballanfat ?
 
Sans prétendre nullement être exhaustif, voici quelques pistes d’actions possibles tirées de mes expériences récentes, très modestes et à très court terme, outre bien sûr le fait de suivre le prochain cycle de PhiloMa (que je prépare avec Martin Bolle et Agathe Vidal) et les webinars de Phusis :
Participer

Au 7e édition du Congrès « Money & Business Partnerships » : « CreateLoveIn.business », qui commence ce dimanche 11 mars, jusqu’au 14 avril. Initié par Peter Koenig, l'événement a l'ambition de repenser fondamentalement notre système monétaire et sociétal, autour du besoin impérieux d'imaginer un monde où l'argent circule avec une intention d’amour – amour de soi, des autres et de la planète ! Une opportunité unique de définir ensemble des pistes concrètes pour transformer notre système socio-économique, afin de le rendre plus juste et plus durable. Destiné aux dirigeants et changemakers, l’événement est conçu comme un forum ouvert, combinant ateliers interactifs, groupes de discussion, networking et speeches inspirant. Des hubs locaux sont organisés en Wallonie et à Bruxelles pour vivre ce rendez-vous à distance et en petits groupes. 
Brochure : https://urlz.fr/fdop ou damien.dallemagne@innergic.com

Au projet Cadra (Cognitive Adult Development from Research to Action), soutenu par l’Union Européenne (Erasmus+), au travers d’une évaluation de votre développement cognitif.
Ecouter

La série des podcasts de France Culture sur la Bhagavadgītā
 
Le podcast de France Culture « Les Lumières et la nuit », dans lequel Marc Weitzmann s’entretient avec la philosophe Corine Pelluchon. « Face à cette lame de fond anti-moderne qui transcende les courants politiques, peut-on se contenter de protester au risque d’adopter une attitude rétrograde ? Ou bien, au-delà des caricatures, faut-il au contraire prendre acte de la crise terminale de la modernité ? Au XXIème siècle, à l’heure de la globalisation chaotique, de la technologie digitale et des populismes de tous ordres, se référer aux Lumières européennes a-t-il encore un sens ? Corine Pelluchon évoque un horizon, et l'espoir d'une réconciliation avec le vivant et un progrès moral. Elle représente l'Europe comme une figure spirituelle.  

« Pourquoi les Lumières ne nous ont pas préservé justement contre cette inversion de la raison ? Elles partagent avec leur ennemi, ce que j'appelle : une amputation originaire de la raison, liée à cette coupure radicale entre la civilisation et la nature. [...] Ce dualisme nature-culture qui justifie l'asservissement sans précédent des vivants. [...] Il y a aujourd'hui des tentations de river les êtres à leurs origines, voir à leur biologie ou à leur équipement technologique. Il faut réapprendre à penser parfois contre soi et creuser l'écart jusqu'à l'ascèse pour essayer d'appréhender le monde. » 
 
Lire
 
Les livres sur la Bhagavadgītā et les Upanishads traduits par Surya Tahora qui fût l’un des orateurs de PhiloMa il y a quelques années.
 

 
L’œuvre de Marie-Madeleine Davy, historienne, philosophe, poète et romancière française, spécialiste de la théologie mystique médiévale et proche de la spiritualité orientale (elle cite régulièrement la Bhagavadgītā), elle a écrit des livres profonds et clairs qui invitent au voyage intérieur, au-delà des formes religieuses traditionnelles. Les quelques citations suivantes, tirées du « Désert intérieur », en témoignent :
 
« Il n’existe aucune voie commune, rassemblant tous les hommes de bonne volonté, en dehors de l’intériorité. […]. L’homme séduit par le dedans, par l’intériorité, poursuit inexorablement sa route en sachant que le passage par la solitude, voire l’isolement, précède la communion. […] La nouveauté de vie ne survient qu’après un ultime détachement de tout ce qui encombre et qu’on a pu durant longtemps supposer nécessaire. Dans ce mouvement essentiellement dynamique, aucune tradition n’est récusée, aucune religion écartée. Traditions et religions sont épurées des divers revêtements imputables à l’histoire. Elles deviennent d’autant plus vivantes, qu’elles sont enfin dégagées du fatras qui les encombrait et rebutait les hommes épris d’absolu et d’authenticité. […] De même l’homme est appelé à se débarrasser de son plomb, de sa finitude, de son pseudo-savoir, de ses fausses croyances, des superstitions auxquelles il a prêté foi. »

« Notre temps est celui de l’audace purificatrice. Il ne s’agit pas de nous battre contre les institutions, le fonctionnarisme, la machine, les robots. Sinon, nous imiterions Don Quichotte se bagarrant contre les moulins. Le plus sage est de ne pas nous sentir entamés par l’ère de la machine et par la décomposition de ce qui a pu faire vivre nos aïeux. Et cela en revenant à l’essentiel auquel des hommes ont pu, à toutes les époques, donner leur adhésion. L’important étant que la faible minorité s’adonnant à une recherche d’authenticité ne cesse de s’accroître et tende à devenir une majorité. Tout au moins, il est possible d’en nourrir l’espoir. »
 
« Dans la Bhagavadgītā, il est écrit : « Celui qui accomplit toutes ses actions pour Moi, qui me prend comme but de sa vie, qui est un dévot libre de tout attachement sans hostilité pour aucune créature, celui-là vient à Moi. » Qui est ce « Moi » ? Un Moi qui ne suppose pas un Toi, sinon la dualité surgirait. Après la rencontre du Moi par un Toi, le Moi et le Toi s’effacent. »
 
Le livre d’Hervé Krief, « Internet ou le retour à la bougie », qui aide à prendre la mesure de cette démesure qui semble achever l’expropriation des humains d’eux-mêmes et la destruction du monde vivant. Son entrée en matière est directe, cinglante, interpellante :
 
« L’objet de cet essai est de tenter de proposer une vision globale du monde de l’Internet. (…) L’Internet poursuit, me semble-t-il, l’œuvre de dépossession des humains d’eux-mêmes et de leur condition humaine, entamée voilà deux siècles par la révolution industrielle. Une des grandes actions de cette dernière aura été la «taylorisation» des sociétés. D’abord celle du travail dans les usines puis celle des vies sociales et enfin celle des esprits. Le XIXe siècle s’est attaché à détruire les savoirs-faire, le XXe siècle a détruit les savoir-être ensemble et le XXIe siècle s’affaire à la destruction des savoir penser. »
 
L’article stimulant de Florence Parent & Co « Crise de la Covid et intelligence émotionnelle : le maillon manquant » publié sur Kairos ;
 
Le très beau texte « Vivre ou survivre » du Père Christian Cherel.
 
Regarder
 
« Schindler’s list », le chef-d’œuvre de Spielberg – pour la énième fois – et s’interroger sur l’évolution d’Oskar Schindler, qui l’a amené à « faire ce que la situation requérait », à renoncer à tout l’argent qu’il avait accumulé, à risquer sa vie, pour sauver d’autres vies.

S’interroger sur sa vie après la guerre et pourquoi tous ses projets entrepreneuriaux s’étaient soldés d’échecs.

S’interroger également sur ce qui poussait Amon Göth, le directeur du camp de Krakow-Plaszow, à tuer gratuitement comme il le faisait.

S’interroger enfin sur les coïncidences de la vie et le sens de l’histoire incroyable de Jennifer Teege, une métisse allemande, abandonnée par sa mère, qui fera ses études en Israël et apprendra à parler l’Hébreu, avant de découvrir à 38 ans qu’elle est la petite-fille de ce criminel de guerre nazi.     
 
 
Les vidéos décalées du philosophe Martin Bolle, alias le "Cavalier", fondateur et consultant en philosophie géostratégique chez la "Philosophie du Cavalier" et collaborateur de PhiloMa.
 
 
Soutenir
 
L’Ecole Démocratique de l’Orneau, qui cherche des fonds pour essaimer et créer un nouvel écolieu.
Pour plus d’info, contacter Romain Gauthier rgauthier.lic@gmail.com
 

Bon weekend à toutes et tous !

Laurent
0478 62 14 20
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