L'interview

Respecter chacun dans sa différence

Cédric Chezeaux, agriculteur dans le canton de Vaud, est au centre du film "Révolution silencieuse", actuellement sur les écrans des cinémas romands. Cet homme plein de convictions a engagé un candidat InsertH il y a un an et demi pour l'aider à la ferme. Il a accepté de répondre à nos questions, aux côtés de son employé insertH, Frank Boudry (photo).
Monsieur Chezeaux, qu’est-ce qui vous a motivé à engager Monsieur Boudry?

Cédric Chezeaux: J’ai été contacté par la conseillère InsertH, Madame Romy Benoit. Elle connaissait ma fonction de président du comité de l’association vaudoise des producteurs bio et elle m’a demandé si j’avais d’éventuels contacts qui seraient intéressés par l’offre du service InsertH. J'ai réfléchi et je me suis dit "pourquoi pas ici?" J’ai très rapidement réalisé que sur une ferme comme la nôtre, nous avions la possibilité d’offrir des emplois adaptés. On a des tâches assez simples. Et c’est un bon lieu d’encadrement. On est dans la nature, proches des animaux. Et je trouvais  que les animaux manquaient de présence humaine. On est parti pour un temps d’essai de trois mois, et ensuite, on s’est mis d’accord pour que ça démarre! Maintenant, ça fait un an et demi que nous vivons de bonnes expériences; c’est Frank qui va nous dire s’il veut partir ou rester.

Alors, Monsieur Boudry, avez-vous déjà envisagé de partir?

Frank Boudry: Non, non, non, je continue là, je suis bien, encore 5 ans au moins!

Monsieur Chezeaux, quels sont pour vous les apports et les difficultés avec cet employé aux besoins particuliers?

CC: Des personnes comme Frank nous ramènent aux choses essentielles de la vie. J’aime bien ce contact humain assez simple. Pour moi c’est le côté positif. Après ce qui est plus délicat parfois, c’est le fait que d’autres personnes soient en relation avec Franck, car on se demande toujours comment faire pour qu’une complicité s’installe. Je dois être très attentif à ça, voir comment les autres personnes perçoivent Frank et comment ils peuvent travailler ensemble.

Vous faites également référence à la barrière de la langue avec son nouveau collègue?

CC: Non, avec son nouveau collègue, ce n'est pas  un souci, parce qu’ils vont se parler avec leurs limites respectives de la langue ou de la parole et du coup, ils sont au même niveau. Je me réfère à d’autres personnes pour qui le français n’est pas un problème, mais qui ne comprennent pas de quelle manière il faut s’adresser à Frank.

Quel rôle prenez-vous dans ces moments-là, celui du médiateur ou celui de l’observateur?

CC: En principe, je donne les consignes aux autres personnes qui sont en charge du travail sur la ferme, notamment quand elles doivent s’occuper de Frank. Mais je ne suis pas là pour materner les gens. Parfois je dois rattraper les choses, parce que je me rends compte que ça ne s’est pas passé au mieux. J’essaie de communiquer, mais avec certaines personnes la discussion est difficile.

InsertH crée des postes en entreprise pour des personnes dont le parcours scolaire et de formation laissaient plutôt entrevoir un avenir en atelier protégé. Que pensez-vous de notre approche?

CC: Je pense que c’est plus important pour Frank d’être avec des personnes ordinaires qu’avec des personnes qui ont des difficultés. On peut interagir de manière intéressante et intelligente. J’invite aussi nos enfants à avoir des contacts avec Frank et je trouve qu'une jolie complicité s’est établie entre eux. Dernièrement, j’ai rencontré des malvoyants qui font de la vannerie en atelier protégé et j'ai été frappé de voir à quel point ils étaient heureux de voir des personnes comme vous et moi. Donner l’opportunité de garder contact avec le monde extérieur, pour moi, c’est important.

Monsieur Boudry, vous êtes d’accord avec Monsieur Chezeaux?

FB: Oui je suis d’accord, c’est bien!

Pouvez-vous faire un rapprochement entre ce qui vient d’être dit et votre participation au documentaire "Révolution silencieuse"?

CC: Fondamentalement, c’est dans le respect de l’autre et de l’être. Le documentaire relate à quel point toute forme de vie doit être respectée. Par exemple, il y a le respect des employés en les faisant travailler en agriculture bio et sans danger lié à l'utilisation d'herbicides ou autres produits dangereux, mais il y a aussi évidemment le respect de chacun dans sa différence. C’est pour ça qu'il y a une place pour Frank ici. Nous avons conscience qu’on doit être ouvert sur le monde et le fait de l’accueillir, l’accompagner, l’encourager, y contribue. C’est aussi mon rôle d’être l’étincelle qui lui fait briller les yeux: lui dire: "on va faire ceci, on va faire cela, ça va être chouette". C'est ça qui le motive. Il y a aussi le rapport au temps. Frank fait les choses à son rythme et c'est important d'en tenir compte. Il prend le temps pour réaliser son travail, il prend le temps pour être avec les animaux et ils le ressentent.

Interview réalisée par Natacha Beaufort conseillère en insertion.

https://www.fermearcenciel.ch

Témoignage

Grandir au travail et à la maison

Travailler dans un milieu ordinaire apporte de la satisfaction et un sentiment d’utilité. Mais surtout, l’apprentissage de tâches variées et les interactions avec des collègues de tous horizons peuvent aider à développer de précieuses compétences pour la vie quotidienne. L’expérience de Flavien Mattenberger, 25 ans (photo), en témoigne. Selon les dires de sa maman, le jeune homme a beaucoup évolué depuis qu’il a décroché un emploi insertH dans une garderie. Il a certes fallu trouver un poste qui corresponde à ses besoins : il a commencé début février un deuxième stage, le premier qu’il avait entrepris ayant dû être interrompu à cause d'un cahier des charges trop conséquent.

Mais cette expérience lui a malgré tout laissé de nombreux acquis très positifs. "Depuis, il prend beaucoup plus d’initiatives à la maison", rapporte sa maman. "Un matin, il se lève et décide de laver son linge, il demande ce que l’on souhaite pour le repas, il propose plus spontanément son aide." 

Sa notion du temps s’est, en outre, beaucoup affinée. Pour parvenir à respecter le rythme imposé par son travail et ne pas oublier son programme quotidien, le jeune homme a appris à utiliser des applications sur son smartphone. "Depuis, il a une meilleure conscience du déroulement de ses journées. Il a des repères."  Il est ravi de pouvoir partir par ses propres moyens à son travail.

Le contact quotidien avec des enfants lui est, globalement, très bénéfique. "Il a découvert qu’il adorait leur compagnie. Il est drôle, toujours de bonne humeur, ce que les enfants – et aussi ses collègues – apprécient beaucoup. Et puis, il peut aider les enfants: à midi, il partage le repas, il en console même parfois. Découvrir qu’il pouvait lui aussi être un soutien pour autrui a été une révélation. Ça le valorise, il vit des choses comme tout un chacun. D’ailleurs, depuis, il raconte beaucoup plus ce qu’il vit au quotidien."

Conférence

"Oui à l'inclusion"

"Oui à l’inclusion!" Tel est le titre du colloque d'Integras* auquel participera le service insertH le 24 mars prochain. L'objectif de cette rencontre est de mettre en lumière les possibilités de formation professionnelle inclusive après la scolarité.

Integras nous demande de présenter notre concept de création d’emplois protégés en entreprise et de témoigner de nos constats issus de 10 ans de pratique. Le public, majoritairement composé de responsables du domaine de la pédagogie spécialisée et de formateurs venus de toute la Suisse, pourra nous entendre mettre en avant que le monde du travail est un partenaire actif dans la création d’emplois adaptés à des jeunes avec des besoins particuliers. Les entreprises nous demandent un suivi proactif et durable, ainsi que des conseils précis concernant les compétences et les aménagements nécessaires pour le candidat. InsertH prend cette mission très au sérieux et encouragera les pédagogues et formateurs à sensibiliser leurs élèves à la réflexion sur leurs forces et besoins.

*Association professionnelle pour l’éducation sociale et la pédagogie spécialisée.

"Oui à l'inclusion! Formation professionnelle en perspective", 24 mars 2017, Kulturcasino, Berne
www.integras.ch

L'édito

Par Monique Richoz, directrice de  Pro Infirmis Vaud

En février 1941, Pro Infirmis Vaud voyait le jour, sur l’impulsion de chirurgiens orthopédistes. Il s’agissait alors de "détecter" les enfants ayant des malformations afin de proposer aux familles une correction chirurgicale pour leur enfant… 75 ans plus tard, pour Pro Infirmis Vaud, la détection des personnes handicapées a cédé la place à la prospection de partenaires prêts à faire une place à la personne handicapée dans notre société. Dans les deux cas, cela suppose une implication forte dans le tissu social vaudois et une connaissance du terrain. Gagner un nouveau partenaire, qu’il s’agisse d’un patron prêt à offrir une niche d’emploi ou d’une gérance ouverte à ce type de population, représente, à chaque fois, une avancée de l’inclusion des personnes handicapées dans notre société. Il faut savoir que le public en général y est favorable: 6 personnes sur 10 sont d’avis que les personnes handicapées sont trop peu prises en compte en Suisse, selon un sondage réalisé en 2016 par FORS auprès de plus de 3300 personnes sur mandat de Pro Infirmis. (www.proinfirmis-observatoire.ch).

Utile

Aide au logement

Le projet HandiLoge, dont le financement est totalement privé à ce jour, a été crée fin 2014. Il a comme objectif de favoriser, sous certaines conditions, l’attribution de logements aux clients de Pro Infirmis. En effet ces derniers sont peu éligibles à l’obtention d’un bail dans un contexte de pénurie de logements. Un partenariat a été mis en place avec 17 gérances, régies ou propriétaires institutionnels qui acceptent, pour autant qu’un dossier soit financièrement viable, de lui donner une priorité et de le "mettre sur le haut de la pile". Depuis le début du projet, 34 personnes ou familles ont pu trouver un nouveau logement plus adapté à leur situation.
Le second axe du projet qui est encore en développement et que nous avons nommé Concierge+ a pour but de faciliter le maintien à domicile en complétant l’offre de services non couverts par les prestataires existants. En effet certaines tâches comme amener les déchets à l’éco-point, changer une ampoule ou monter le courrier pourraient être effectuées par le concierge de l’immeuble.
etienne.blanc@proinfirmis.ch
2016 en chiffres

InsertH, c'est:

- 67 personnes suivies en entreprise.
- 64 entreprises partenaires.
- 17 postes ou stages créés.
- 3000 heures consacrées au suivi en entreprise.
- 64% de nos candidats placés avaient un atelier protégé comme dernier employeur. insertH se profile clairement comme alternative à l’atelier protégé.
Les prestations de Pro Infirmis Vaud

Conseil social pour les personnes en situation de handicap

Est, ouest du canton et agglomération lausannoise
058 775 34 34

Nord vaudois
058 775 35 50

Besoins spéciaux de la petite enfance (BSPE)
021 314 73 00


Phare (Service de relève)

Pour les mineurs
058 775 34 61

Pour les adultes
058 775 34 19


Intégrations

Service de formation à la vie autonome (SFVA)
058 775 35 15

Accompagnement à domicile
058 775 34 17

InsertH, insertion en entreprise
058 775 34 34

Conseil spécialisé en assistance

058 775 34 34

Instance d’évaluation des besoins individuels (IEBI)

058 775 34 34

Centre de documentation spécialisée

Projet Handiloge, le handicap ne doit pas être un frein à l’accès au logement

058 321 34 34

Site d'information sur le handicap dans le canton de Vaud

www.info-handicap.ch

Plateforme d'information et d'échange pour les proches aidants

www.procheconnect.ch


Copyright © 2017 Pro Infirmis Vaud,
(www.proinfirmis.ch)

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insertH
InsertH est une prestation de Pro Infirmis Vaud. Son principe est de créer des emplois protégés en entreprises pour des personnes bénéficiant d'une rente AI entière, avec une déficience mentale ou physique. Concrètement, le rôle d'insertH est de faciliter la création de tels emplois en réunissant un candidat et un employeur puis en les accompagnant activement tout au long de la collaboration, sur mesure en fonction des besoins, sans limite dans le temps et gratuitement.

Cette newsletter a été réalisée par Papyrus Communication