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L'ÉVANGILE DU JOUR
« Ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur » (Lc 6, 39-45)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples en parabole : « Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ? Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître. Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? Comment peux-tu dire à ton frère : ‘Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton œil’, alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère. Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri ; jamais non plus un arbre qui pourrit ne donne de bon fruit. Chaque arbre, en effet, se reconnaît à son fruit : on ne cueille pas des figues sur des épines ; on ne vendange pas non plus du raisin sur des ronces. L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. » 

1ère lecture et psaume du jour | Le saint du jour

MÉDITER AVEC LES CARMES

Jésus vise trois sortes d'aveuglement, et des trois il faut nous méfier.
D'abord l'aveuglement total de ceux qui n'ont jamais vu ou qui ne verront plus jamais.

Nos frères qui sont physiquement aveugles connaissent bien leur handicap ; et même s'ils mettent leur point d'honneur à ne pas demander d'aide, ils ne se risqueraient pas à guider un autre non-voyant.

C'est bien pourtant ce qui arrive en cas d'aveuglement spirituel : plus un homme ignore qu'il ne voit pas et plus il met en danger ceux qui l'entourent et lui font confiance. C'est cette illusion redoutable que Jésus, dans saint Matthieu, reproche par deux fois aux Pharisiens : "Malheureux êtes-vous, guides aveugles !" (23,16.19) ; et il met ses disciples en garde contre leurs prétentions : "Laissez-les : ce sont des aveugles qui guident des aveugles" (15,14), ce sont des plants que mon Père n'a pas plantés : il n'a donné à ces hommes aucun mandat, aucune autorité, aucune lumière spéciale.

Paul, à son tour, se montrera sévère pour la suffisance des faux maîtres : "Toi qui te reposes sur la Loi et qui mets ton orgueil en ton Dieu, toi qui connais sa volonté, toi qui, instruit par la Loi, discernes l'essentiel, toi qui es convaincu d'être le guide des aveugles, la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres (...), toi qui enseignes autrui, tu ne t'enseignes pas toi-même !" (Rm 2,17-21).

Ne pas voir la vérité n'est pas forcément une faute ; mais ce qui fausse la conscience, c'est de se croire détenteur de la lumière. C'est ainsi que Jésus répliquait à ses adversaires Pharisiens : "Si vous étiez des aveugles, vous n'auriez pas de péché. Mais à présent vous dites : 'Nous voyons', et votre péché demeure" (Jn 9,41). Cet aveuglement volontaire, qui mène aux ténèbres du refus, Jésus le stigmatise au moment où l'aveugle-né, guéri, se prosterne devant lui : "Je suis venu en ce monde pour un discernement (krisis), afin que ceux qui ne voyaient pas voient et que ceux qui voyaient deviennent aveugles !" (Jn 9,39).

Nous connaissons, nous aussi, cette cécité coupable, l'aveuglement par refus de la lumière. Nous en faisons l'expérience avec tristesse lorsque nous occultons en nous des zones de la pensée ou du senti profond que nous n'avons pas envie d'éclairer ni de convertir, lorsque nous nous fermons à des dialogues qui seraient libérateurs, lorsque, tournant le dos au bien communautaire et à toute réciprocité, nous défendons des privilèges, des coins d'ombre, ou des manières de voir gratifiantes.

Après le péché des aveugles, le péché des aveuglés.

Ils voient bien d'un œil, mais l'autre est aveuglé par un "corps étranger", comme on dit. S'ils acceptaient de l'aide, on les plaindrait volontiers et l'on s'affairerait autour d'eux. Au lieu de cela, ils ont l'audace, eux qui voient tout trouble de leur œil larmoyant, de se proposer pour un travail tout de finesse et de précision : enlever un fétu de l'œil d'un voisin.

Ces gens-là sont peut-être inconscients ; en tout cas ils sont dangereux. Ce sont les partisans d'une correction fraternelle intrépide, sans nuances ni discernement, les réformateurs impatients de leur communauté en fonction de leurs allergies ou de leurs idées fixes, ou les censeurs de l'Église, coupable à leurs yeux de toutes les lenteurs et de toutes les étroitesses, ou de certains compromis qu'ils ont eux-mêmes prétendument dépassés.

Ils ne se demandent jamais : "D'où vient que mon œil pleure et m'aveugle ? Quel est ce corps étranger qui trouble ma vue ?"

Et Jésus de nous mettre en garde contre un troisième type d'aveuglement : l'aveuglement intellectuel du disciple qui veut en remontrer à son maître, qui ne s'estime pas heureux de rejoindre humblement sa pensée, et qui voudrait récrire l'Évangile ou préciser à ses frères chrétiens ce qu'ils peuvent retenir du Credo.

Lorsque nous sentons monter en nous la tentation de reprendre à nous seuls les rênes de notre vie, de nous appuyer de nouveau sur nos évidences et de tout construire sur notre propre senti, quel est le bon réflexe, quel est le raccourci vers la guérison, sinon de nous approcher avec confiance de Jésus lumière du monde, de recevoir avec humilité la boue qu'il met sur nos yeux, et d'aller nous laver à la piscine de l'Envoyé, le Siloé de la miséricorde ?

DANS LES VISIONS DE MARIA VALTORTA
 Date
Vendredi
18 août 28
 Lieu
Chorazeïn
 Livre
Tome 4 – ch 269.9
2ème année vie publique

       (…) Mais chacun produit les fruits de son arbre. Vous donnez les vôtres et ce ne sont pas de bons fruits. Si vous donnez un arbre bon pour qu’il soit planté dans le verger, il produira de bons fruits, mais si vous donnez un arbre mauvais, le fruit qu’on cueillera sur lui sera mauvais, et tout le monde dira : “ Cet arbre n’est pas bon. ” Car c’est à ses fruits que l’on reconnaît l’arbre. Et vous, qui êtes mauvais, comment croyez-vous pouvoir bien parler ? Car la bouche parle de ce qui remplit le cœur. C’est de la surabondance de ce que nous avons en nous que proviennent nos actes et nos paroles. L’homme bon tire de son bon trésor des choses bonnes ; l’homme mauvais tire de son mauvais trésor des choses mau­vaises. Il parle et il agit d’après ce qu’il est intérieurement.
       Et en vérité, je vous dis que la paresse est une faute. Mais mieux vaut ne rien faire que d’agir mal. J’ajoute qu’il vaut mieux se taire que de tenir des propos oiseux et méchants. Même si le silence est oisiveté, pratiquez-le plutôt que de pécher par la langue. Je vous assure qu’on demandera aux hommes de se justifier au jour du Jugement de toute parole superflue. Je vous assure, de même, que les hommes seront justifiés par les paroles qu’ils auront dites et que c’est par leurs paroles mêmes qu’ils seront condamnés. Faites donc attention, vous qui en dites tant qui sont plus qu’oiseuses, car non seulement elles sont perfides, mais elles font du mal, qui plus est dans le but d’éloigner les cœurs de la Vérité qui vous parle. (…)

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